Une lourde défaite 5-1 attribuée à un jus d’orange empoisonné

Pour déstabiliser des adversaires, certains sont prêts à tout. Les exemples dans l’histoire du football sont nombreux. Il y a  notamment la technique de l’ammoniac dans le vestiaire, ou encore le coup de l’eau chaude dans les douches en pleine chaleur ou de l’eau froide, c’est selon, en plein hiver. Certains ont même donné des ballons sous-gonflés aux adversaires lors de l’échauffement d’avant-match. Le championnat de France est riche d’anecdotes plus ou moins déloyales.

Mais tant que tout ceci est légal, on reste dans le domaine de la filouterie ou de la bassesse, selon le degré d’acceptation de chacun et son rapport à l’équité dans le sport.

Cela devient plus problématique quand des joueurs sont empoisonnés en vue de faire baisser leurs capacités physiques, avec des techniques totalement illégales.

Les joueurs du Stade rennais se souviennent de leur déplacement au Stade Vélodrome de Marseille le samedi 14 décembre 1991.

Comme ils en ont l’habitude, les Bretons arrivent la veille dans la Cité phocéenne et logent au Novotel.

Le jour du match, ils prennent leur petit déjeuner et leur repas à l’hôtel avant de se consacrer à la sacro-sainte sieste d’avant-match. A leur arrivée au stade, plusieurs joueurs se plaignent : ils ne se sentent pas bien.

Pascal Rousseau, le gardien, confie à son président, René Ruello, qu’il se sent « flottant », mais évoque également le stress d’avant match. Egalement titularisé ce soir-là, Serge le Dizet, a évoqué dans une interview à Ouest-France, que plusieurs joueurs étaient souffrants dans le vestiaire et que le Stade Rennais avait failli ne pas démarrer la rencontre à onze.

La première mi-temps est un véritable cauchemar pour les Bretons : Papin, à trois reprises, Sauzée et Durand inscrivent cinq buts pour l’OM en 44 minutes de jeu. A la pause, l’écran géant affiche un improbable 5-1. C’est aussi le score final.

Lors du voyage retour vers Rennes, plusieurs joueurs s’endorment dans l’avion. Le kiné, habitué à jouer aux cartes lors des déplacements, ronfle carrément dans la carlingue.

Le lendemain matin, les joueurs sont envoyés faire des analyses médicales. Le verdict est sans appel : empoisonnement généralisé et attribué au jus d’orange consommé à l’hôtel pendant la collation.

René Ruello, dans un entretien au Télégramme, se souvient même que le Yougoslave Shala, remplacé dès la demi-heure de jeu et le Brésilien Baltazar avaient encore l’équivalent de deux comprimés de Tranxène dans le corps. Un anxiolytique a donc été versé dans le jus d’orange destiné aux joueurs rennais.

Le président breton porte plainte et s’adresse au patron de la SRPJ, le service régional de la police judiciaire. L’affaire n’a finalement pas de suite. L’enquête s’est arrêtée au Novotel où les joueurs sont descendus.

Quant à Bernard Tapie, le président marseillais, il a juré ses grands dieux qu’il n’était au courant de rien.