Un titre de champion en Iran, un mensonge et une vraie désillusion

Si la lutte a longtemps été le sport numéro 1 en Iran, le football a peu à peu fait son retard et est souvent présenté aujourd’hui comme le sport le plus populaire du pays. Le progrès du football iranien est notable ces dernières années. L’équipe nationale s’est notamment qualifiée pour les deux dernières éditions de la Coupe du monde de football, en 2014 et 2018.

Le championnat, lui, est plus méconnu. Il est même confidentiel aux yeux des passionnés européens de football. Il n’en reste pas moins populaire au sein de ses frontières.

Lors de la saison 2014-2015, trois clubs sont à la lutte pour le titre de champion : Naft Teheran, Tractor Sazi et Sepahan FC. A la veille de la 30ème et dernière journée de la Pro League, c’est le Tractor Sazi qui est en tête. Le club est basé à Tabriz, dans le Nord de l’Iran, à 600 kilomètres de la capitale Téhéran. C’est le bastion de l’Azerbaïdjan oriental, une province bordée par les frontières arméniennes et azerbaidjanaises.

A l’occasion de cette dernière journée de championnat, le Tractor Sazi affronte le 3e, le club de Naft Téhéran. La donne est simple. Une victoire et c’est le titre assuré. Un match nul, et il faudrait alors compter sur une défaite de Sepahan, qui accueille dans le même temps un club de milieu de tableau.

Le match débute mal pour le club de Tabriz avec un but encaissé dès la 6e minute. Mais les locaux se rebellent et inscrivent trois buts avant l’heure de jeu. Puis, c’est le tournant. Andranik Teymourian est expulsé et le Tractor Sazi doit finir la rencontre à dix contre onze. Le club adverse marque finalement deux buts dans le dernier quart d’heure et contraint le leader au match nul 3-3.

Au coup de sifflet final, c’est l’explosion de joie. Les supporters descendent sur la pelouse, fêtent un titre attendu depuis plus de 50 ans et l’entraîneur, le portugais Toni, arrivé en cours de saison, ne peut contenir son émotion.

Mais après quelques minutes, l’euphorie laisse place à la stupeur générale.

Non, le Tractor Sazi n’est pas champion. Car dans le même temps, le club de Sepahan a gagné sa rencontre 2-0 et passe devant le club de Tabriz. Sepahan est donc sacré champion.

L’annonce faite dans le stade passe mal et les supporters sont furieux. Ils arrachent des sièges et les lancent sur la pelouse. Des bennes à ordure sont elles aussi bazardées depuis le haut des tribunes.

Les supporters locaux évoquent un complot contre leur club. Le motif de leur courroux ? Le carton rouge ayant fait basculer la rencontre. Ils accusent alors le président de l’Iran, Hassan Rohani, de ne pas vouloir qu’un club du nord remporte le titre de champion. La joie se transforme… en chaos.

Mais comment expliquer ces scènes surréalistes ? Mansour Ghanbarzadeh est un dirigeant du Naft Téhéran, l’adversaire du soir du Tractor Sazi. Il raconte au micro de l’Agence de presse de la République islamique d’Iran :

« On suivait l’autre rencontre à la télévision et d’un seul coup, à la 87e minute, les réseaux téléphoniques, radiophoniques et de télévision ont été coupés. Plus aucune info ne nous arrivait. Quelques instants plus tard, on nous annonçait que la rencontre s’était achevée sur un match nul 2-2, offrant ainsi le titre au Tractor Sazi. »

Quelqu’un a donc menti ? Mais qui ? Les officiels de la rencontre ? Les dirigeants du Tractor Sazi qui craignaient une émeute ? Personne ne le sait vraiment. Ce qui est certain, c’est que le club a fêté pendant quelques minutes un titre qu’il n’avait pas remporté.

Quatre années plus tard, le Tractor Sazi court toujours après son premier titre réel, après en avoir célébré un totalement virtuel.