Il perd sa place de titulaire et se suicide dans le rond central

Cela pourrait sembler étrange aujourd’hui pour les non-initiés, mais l’Uruguay a été la meilleure équipe de football au monde. Entre 1917 et 1950, le petit pays coincé entre le Brésil et l’Argentine remporte 2 Coupes du monde, 4 Copa America et à deux reprises les Jeux Olympiques.

Le premier trophée arrive en 1917 avec la Copa America organisée sur le sol uruguayen. Parmi les héros sud-américains, Abdon Porte. Le milieu de terrain rayonne dans l’entrejeu uruguayen. Il est alors l’un des joueurs les plus influents du football local. Mais en moins d’un an, il va connaître une chute brutale qui le conduit à se suicider au milieu du stade de son équipe.

Abdon Porte débarque au Nacional en 1911. C’est le club uruguayen le plus prestigieux du début du 20e siècle. C’est l’un des nombreux clubs de la capitale, Montevideo. Il en devient très rapidement un élément clé au milieu de terrain. Selon les observateurs de l’époque, il est un joueur dur sur l’homme, dynamique, hyperactif et capable de gagner de nombreux duels.

Il est intouchable. Son activité dans l’entrejeu le rend indispensable. Très populaire parmi les supporters, il devient même capitaine de l’équipe. Une sorte de capitaine courage.

Entre 1911 et 1918, il remporte 19 trophées majeurs avec le Nacional dont quatre championnats. Le club ne laisse que des miettes à ses concurrents, y compris à l’un de ses rivaux, le River Plate FC.

En 1918, les dirigeants se laissent convaincre que les récentes performances d’Abdon Porte sont en baisse et font signer Alfredo Zibechi, un autre milieu de terrain.

Porte n’abdique pas, mais son moral est atteint. Il perd sa place de titulaire indiscutable alors qu’il n’a que 24 ans. Il n’est plus en confiance et bafouille son football. Plus les semaines passent et plus il légitime la décision de ses dirigeants. Il vit de plus en plus mal cette situation.


Le 4 mars 1918, il est titulaire face au Charley Football Club. Son équipe l’emporte 3-1 et comme ils en ont l’habitude, les joueurs et les dirigeants vont fêter la victoire au siège du club, dans le centre de Montevideo.

A 1 heure du matin, Abdon Porte s’échappe discrètement. Il monte dans le tramway en direction du stade du Nacional. Il entre dans le Parque Central et se dirige au centre du terrain.

Une fois arrivé dans le rond central, il se tire une balle en plein cœur. Le lendemain matin, le chien du gardien fait la macabre découverte.

Deux lettres rédigées par Porte sont retrouvées sur le corps. Il demande d’abord aux dirigeants de prendre soin de sa compagne et de sa mère puis réclame d’être enterré aux côtés des frères Bolivar et Carlos Céspedes, deux légendes du Nacional, décédées de la variole en 1905.

A l’annonce du décès de Porte, le peuple uruguayen est sous le choc. Après les obsèques et les hommages, le club rival des Wanderers propose d’organiser un match amical dont les recettes seront versées à la compagne d’Abdon Porte.

Aujourd’hui, 101 ans après la mort du joueur, il reste présent dans l’esprit des supporters du Nacional. Il est l’homme qui s’est suicidé car il ne supportait plus d’être remplaçant dans le club de son cœur. La tribune ouest du Parque central a été renommée en son honneur…

Ce stade du Nacional, le lieu de tous ses exploits et de sa fin tragique.