Foot & politique

Le footballeur qui défia Adolf Hitler et refusa l’Anschluss sportif

Dans le cimetière de Vienne, en Autriche, sa sépulture côtoie celles de Johann Strauss et Ludwig van Beethoven, deux des plus grands compositeurs de l’histoire.

Matthias Sindelar n’était pas le roi de la musique classique mais il était surnommé le « Mozart du football ».

Attaquant de la célèbre Wunderteam, l’équipe autrichienne du début des années 30, il était l’un des joueurs les plus populaires du pays. Auteur de 26 buts en 43 sélections, il faisait partie de l’Autriche demi-finaliste de la Coupe du monde 1934.

Mais un événement historique va mettre fin à sa carrière… et à sa vie.

En 1918, à la fin de la première guerre mondiale, Matthias Sindelar commence sa carrière de footballeur. Il n’a que 15 ans et il rejoint les équipes de jeunes d’un petit club de Vienne.

Mais c’est en 1924 qu’un premier tournant se présente : il rejoint l’Austria Vienne, l’un des deux plus grands clubs de la capitale autrichienne. Il y inscrit 600 buts jusqu’en 1939.

Surnommé l’homme de papier, pour sa fragilité physique, il réussit néanmoins à soulever les foules grâce à ses actions de grande classe qui lui valent rapidement un deuxième surnom, plus exaltant, de « Mozart du football ».

Il remporte avec le club viennois un championnat d’Autriche, six coupes nationales et deux coupes Mitropa, la Coupe de l’Europe Centrale, mêlant notamment des clubs autrichiens, hongrois, tchécoslovaques et italiens.

Adulé des Autrichiens pour son jeu, mais aussi pour sa personnalité et son histoire personnelle, lui qui a grandi dans un environnement pauvre, Sindelar va être rattrapé par le cours de l’Histoire.

En 1938, les chars allemands passent la frontière. L’Autriche est envahie par l’Allemagne nazi et l’Anschluss, l’annexion, est proclamée au printemps. La purge commence.

Le 3 avril, les nazis décident d’utiliser le sport comme outil de communication et organisent le derby de l’unification, l’AnschlussSpiel. L’Allemagne affronte donc l’Autriche et les têtes pensantes du IIIe Reich font passer une consigne : le match doit se terminer sur un match nul, et si possible sur le score de 0-0.

La parodie de match dure de longues minutes avant que Matthias Sindelar, n’ayant jamais eu une quelconque sympathie pour ce régime, ne prenne la balle et l’envoie au fond des filets allemands avant d’aller célébrer son but sous la tribune officielle, devant une flopée de dignitaires nazis.

Le match se débride et l’Autriche l’emporte finalement 2-1. C’est le premier affront de Sindelar. Le second arrive quelques semaines plus tard lorsque l’attaquant refuse de jouer la Coupe du monde 1938 sous le maillot réunifié. Courageux à l’extrême, il décide de rester en accord avec ses principes moraux.

Sindelar est immédiatement fiché par la Gestapo, qualifié de « social-démocrate » et « ami des juifs ». Il continue par exemple de côtoyer Emanuel Schwarz, l’ancien propriétaire juif de son club, l’Austria Vienne, alors que cela lui avait été très fortement déconseillé.

Le 23 janvier 1939, Matthias Sindelar est retrouvé mort dans son appartement, aux côtés de sa compagne, Camilla Castagnola, Italienne, et juive.

L’autopsie révèle une intoxication au monoxyde de carbone, causée par une cheminée mal entretenue. Mais l’explication officielle ne convainc pas tout le monde. Les thèses du suicide et de l’assassinat apparaissent et continuent d’être évoquées 80 ans après les faits.

Désormais, chaque 23 janvier, des dizaines d’anonymes se rendent sur sa tombe pour lui rendre hommage. Consacré « sportif autrichien du 20e siècle » en 1999, Matthias Sindelar restera comme le Mozart du football ayant défié le régime nazi.

Cible d’un complot, l’idole du football soviétique est envoyée au Goulag

Connaissez-vous le Groundhopping ?

C’est en quelque sorte, le tourisme footballistique ou l’art de se déplacer pour aller voir des matches dans des stades encore jamais visités. Des milliers de fans de foot parcourent chaque année des milliers de kilomètres pour découvrir des stades et des ambiances inconnues.

Si vous vous sentez l’âme d’un groundhopper, vous irez peut-être à Moscou. Parmi les nombreux stades de la capitale russe, deux valent notamment le détour. Le stade Loujniki, théâtre de la finale de la Coupe du monde 2018, ainsi que le stade du Torpedo Moscou, l’un des clubs de la ville.

Les deux enceintes sont reliées par un nom : Eduard Streltsov. Si le Loujniki offre une statue de l’ancien joueur de l’URSS à ses abords, le club du Torpedo a lui renommé son stade du nom de cet attaquant, afin de lui rendre un éternel hommage.

Mais qui est donc Eduard Streltsov ?

Alors qu’il n’a que 13 ans, il est repéré en 1953 par le Torpedo Moscou. Il débute avec son nouveau club trois années plus tard et il est très vite détecté pour ses grands talents de footballeur.

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Il termine meilleur buteur du championnat en 1956 alors qu’il n’a pas encore soufflé sa 17e bougie. Attaquant complet, il est capable de marquer de la tête ou sur des frappes de loin et est toujours bien placé dans la surface.

En juin 1955, il inscrit un triplé face à la Suède pour sa première sélection sous le maillot soviétique. Aux Jeux Olympiques de 1956, il brille et décroche la médaille d’Or avec son pays. Il continue sur sa lancée en 1957 et remporte le titre de meilleur joueur soviétique grâce à ses performances et ses nombreux buts. Il envoie l’URSS à la Coupe du monde 1958 et termine même 7e du classement du Ballon d’Or France Football. Eduard Streltsov est sur une phase ascendante et sa carrière s’annonce prometteuse.

Mais les dirigeants communistes ne vont pas l’entendre de cette oreille. Eduard Streltsov n’affiche pas de grandes prises de position politique mais il entend mener sa carrière et sa vie comme il le souhaite.

Il refuse ainsi d’être transféré au CSKA Moscou, le club de l’armée, et décline la proposition de mariage avec la fille d’un haut dignitaire du Politbüro, le premier conseil du Comité Central du Parti Communiste. C’est qu’entre temps, il s’est déjà marié avec une jeune femme, dans le plus grand secret. Qualifié de « déserteur possible » par les dirigeants soviétiques, alors que plusieurs clubs de l’Europe de l’Ouest s’intéressent à lui, il va être victime d’un complot d’Etat, précipitant sa chute.

Invité le 25 mai 1958 à une fête du régime où de nombreux jeunes s’adonnent au plaisir de l’alcool, Eduard Streltsov ne voit pas le piège se refermer. Le lendemain, il est arrêté, alors que son équipe doit partir pour disputer la Coupe du monde en Suède. Motif ? Inculpation de viol avec violence sur la jeune Marina Lebedeva qu’il avait rencontrée à cette soirée. Le témoignage de la victime est bancal, mais sous la pression, Streltsov avoue le viol avant de se rétracter.

La machine judiciaire est en marche, surveillée et orientée par les hautes sphères de l’état, à commencer par Nikita Khrouchtchev lui-même. Malgré l’intervention de son sélectionneur national, Streltsov est condamné à 12 années de Goulag.

Il ne fera finalement que quatre ans de détention. Suffisant pour qu’une agression d’un autre détenu, à coups de barres de fer dans les jambes, l’envoie à l’hôpital durant quelques mois. Libéré en février 1963, il reprend le chemin des terrains mais au niveau amateur. Sa condition physique s’est dégradée, mais son sens du but est toujours là.

Un tournant arrive en 1965. Leonid Brejnev succède à Nikita Khrouchtchev au pouvoir et il l’autorise à rejouer au plus haut niveau. En quelques mois, il permet au Torpedo Moscou de remporter le titre de champion d’URSS. Il glane également le titre de meilleur joueur soviétique à deux reprises, en 1967 et 1968. Mais en 1970, il se blesse gravement et doit arrêter sa carrière.

Il meurt en 1990 d’un cancer. La chute de l’URSS provoque l’ouverture des archives du KGB et l’on découvre, alors, que Streltsov avait bel et bien été victime d’un complot. Trop populaire, les dirigeants soviétiques de l’époque avaient voulu limiter son influence auprès du peuple.

Il est finalement passé à la postérité pour son parcours, son talent footballistique et son histoire singulière. Un jour, le roi Pelé avait même déclaré à son sujet : « Je pense qu’il était meilleur que moi ». Mais Eduard Streltsov n’a jamais pu le démontrer lors d’une quelconque Coupe du monde, certains dirigeants soviétiques ayant décidé de lui barrer la route de la gloire…

L’incroyable proposition de Fidel Castro à Guy Roux

De 1961 à 2005, Guy Roux guide l’AJ Auxerre pour de nombreuses conquêtes en France et de belles rencontres à l’échelle européenne.

Sous sa houlette, le club icaunais, amateur lors de la prise de fonction de son entraîneur, parvient à décrocher quatre Coupes de France, un titre de champion de Première division et atteint même la demi-finale de la Coupe de l’UEFA.

Surnommé l’éleveur de champions, Guy Roux a activement participé à l’éclosion de nombreuses stars comme Eric Cantona, Djibril Cissé et Basile Boli. Le tout, avec de petits moyens financiers.

Roi de la débrouille, il a su régler de nombreux problèmes avec malice et parvenir à ses fins avec de nombreuses astuces. Sa vie ponctuée d’anecdotes est aussi proche de celle d’un entraîneur que d’un espion.

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L’une d’entre elle mène d’ailleurs à Cuba, l’île des Caraïbes, située non loin des côtes américaines.

En 1993, Guy Roux profite de quelques jours de vacances à Cuba pour se ressourcer et visiter un pays qu’il ne connait pas encore. Un matin à 5 heures pétantes, un policier frappe à la porte de sa chambre dans un hôtel de Varadero, sur la côte nord de l’île. Il vient lui remettre une invitation officielle pour un déjeuner à La Havane.

Le rendez-vous est fixé le jour-même, en compagnie de Fidel Castro. L’homme d’état est l’un des principaux acteurs de la révolution cubaine de 1959 et est à la tête du pays depuis 1976.

Après deux heures de route dans une Mercedes avec chauffeur envoyée par le dirigeant cubain, Guy Roux arrive dans la salle d’honneur de La Havane pour son déjeuner avec Fidel Castro.

Après une balade en hélicoptère, le lider maximo apparaît dans le palais présidentiel. Au cours de ce déjeuner, il fait alors une incroyable proposition à l’entraîneur auxerrois.

“Je sais que tu es un entraîneur renommé en France, et que tu as réussi de belles choses avec ton club. Je t’offre la possibilité de nous rejoindre et de t’occuper de notre jeunesse. Si tu acceptes de venir chez nous et qu’au bout de deux ans, les jeunes commencent à se détacher du base-ball et du football américain, pour jouer au football, je te donne une île. Tu m’entends : je te donne une île !”

Fidel Castro a en effet une problématique autour des loisirs de la jeunesse de son pays. Largement sous influence américaine, la culture sportive se concentre autour des deux sports les plus populaires des Etats-Unis : le base-ball et le football américain. Castro souhaite limiter l’impact de la première puissance mondiale. Pour cela, les jeunes doivent s’intéresser à un autre sport : le football.

Guy Roux finit par décliner la proposition arguant qu’il souhaite terminer sa mission avec la belle génération auxerroise. Trois ans après cette incroyable proposition, l’AJ Auxerre des Lamouchi, Diomède et Guivarch remporte d’ailleurs un doublé historique Coupe-Championnat avec Guy Roux à sa tête.