Foot anglais

Un transfert repoussé de plusieurs mois à cause d’un retard de 14 secondes

Le marché des transferts est une activité bien complexe. Entre jeu d’agents et d’argent, le mercato rythme le milieu du football pendant quatre mois de l’année, entre celui d’été et l’autre, plus récent, d’hiver.

La FIFA, organisation régulant le monde du football, a édicté quelques règles pour le bon déroulement du marché des transferts. Il a une date de début et une de fin. Passée la limite, les clubs ne peuvent plus procéder à l’achat ou à la vente de joueurs.

La loi est dure mais c’est la loi. Le club anglais de Leicester City peut en témoigner. Retour sur le transfert raté d’Adrien Silva en Premier League lors du 31 août 2017.

Le milieu de terrain portugais sort de deux saisons abouties, à la fois avec son club, le Sporting, mais aussi avec la sélection avec qui il a remporté l’Euro 2016 en France. Capitaine du club basé à Lisbonne, Adrien Silva est courtisé par de nombreux clubs. Les rumeurs vont bon train durant tout l’été.

Il se dirige finalement vers Leicester City, vainqueur un an plus tôt, à la surprise générale, de la Premier League avec Claudio Ranieri à sa tête.

Le club se veut ambitieux et il entame des négociations avec le Sporting pour la venue du milieu de terrain portugais.

Les discussions trainent et la deadline approche. Le transfert doit être bouclé avant le 31 août à 23h, heure anglaise. Le jour J, les positions entre les deux clubs se rapprochent, au point de trouver un accord tripartite entre Leicester, le Sporting et le joueur.

Leicester doit désormais formaliser l’accord par écrit et envoyer toute la paperasse à la FIFA, via son système de régulation des transferts (appelé TMS). Ce système, instauré en 2010, oblige les deux clubs à rentrer informatiquement de nombreuses données dont celles relatives au paiement, aux échéances, au contrat, etc. Le tout appuyé par des documents officiels devant également être transmis à travers cet outil.

Problème, le club anglais ne parvient pas à réaliser toute cette manipulation dans les temps et la FIFA reçoit le dernier document 14 secondes après la fermeture officielle du mercato. Elle rejette donc le transfert.

Adrien Silva ne peut donc pas évoluer sous le maillot des Foxes. Leicester City fait appel de cette décision, soutenu par la Fédération anglaise, et demande au joueur portugais de ne pas s’entraîner pendant cette période.

Cinq semaines plus tard, l’appel est rejeté. Le Portugais doit donc patienter. Et il va falloir être très patient puisque le transfert ne peut plus être homologué avant le mois de janvier 2018, date de l’ouverture du mercato hivernal.

Adrien Silva reprend finalement l’entraînement avec Leicester mais ne peut pas jouer de matches officiels. Pas plus avec l’équipe première qu’avec la réserve.

Il peut finalement débuter avec ses nouvelles couleurs lors du match de Premier League face à Huddersfield, le 1er janvier 2018. Voilà de quoi bien fêter l’arrivée de la nouvelle année.

Il entre en jeu à la 86e minute sous l’ovation des spectateurs du King Power Stadium qui ont hâte de voir leur nouvelle recrue à l’oeuvre. Sur son dos, il porte, ironiquement, le numéro 14.

14, comme le nombre de secondes qui l’ont privé de football entre août 2017 et janvier 2018.

Hiver 1963, quand le grand froid paralysa le football anglais

Tous les Anglais se souviennent de l’hiver 1963. Cette année là, le pays est paralysé par la neige, le gel et des températures avoisinant les -20 degrés pendant des jours. Le football anglais n’échappe pas au chaos. Le bon déroulement de la FA Cup va même devenir un casse-tête avec pas moins de 261 reports de matches !

Quand les rivières se transforment en glaciers et que la mer parvient à se figer, c’est que les températures sont vraiment trop basses pour jouer au football. Peu après le boxing day, le 26 décembre 1962, un grand froid s’abat sur la Grande-Bretagne.

La neige tombe en quantité et des vents polaires viennent glacer les terres.

Le mois de janvier 1963 est le plus froid du 20e siècle en Angleterre. Le 5 janvier, les 32e de finale de la FA Cup débutent. Problème, de nombreux stades sont recouverts de neige et le sol est gelé est profondeur.

C’est le début du bal des reports. Le match entre Lincoln et Coventry est reporté à 15 reprises. La moitié des rencontres de ce 3e tour de la Coupe anglaise l’est également au moins à 10 reprises. Le football est paralysé.

Les propriétaires des clubs sont inquiets. S’il n’y a pas de matches, il n’y a pas de recettes et l’argent commence à manquer. Certains dirigeants multiplient les prêts auprès des banques. Ceux de Halifax sont plus malins. Le terrain devient une patinoire géante et surtout payante.

Pour occuper les week-ends, certains clubs organisent des matches à l’étranger. Le temps y est plus clément. Des rencontres sont ainsi disputées à Malte et en Irlande. Chelsea et Manchester United font partie de ces équipes délocalisées pour maintenir les joueurs en forme.

Pendant ce temps, toutes les tentatives pour dégeler et déneiger les terrains sont vaines. A Blackpool, ils s’essayent aux lance-flammes. Des tracteurs spéciaux sont dépêchés mais rien n’y fait. Le football anglais est congelé.

La fédération anglaise décide alors de faire jouer des matches de la Coupe d’Angleterre sur des terrains neutres s’ils sont en capacité d’accueillir une rencontre de football.

Début mars, les terrains sont toujours enneigés et gelés en profondeur. Il faut attendre encore quelques jours pour voir les conditions s’améliorer. Finalement, le 11 mars, le dernier match des 32e de finale de la FA Cup est disputé, 66 jours après le premier.

Ces conditions climatiques n’auront pas fait que des malheureux, raconte le défenseur de Fulham, George Cohen au Guardian. Relégable au moment du fameux « Big freeze », l’équipe londonienne profite de la trêve pour se refaire une santé et parvient à se maintenir après 13 semaines sans défaite.

La finale de la FA Cup se dispute le 25 mai avec plus de trois semaines de retard sur le calendrier. Pour tenir des délais acceptables, les matches se sont enchaînés frénétiquement.

Manchester United bat Leicester 3-1 dans ce qui restera l’édition de la coupe d’Angleterre la plus rocambolesque, la plus longue et la plus froide de l’Histoire.

Personne ne savait que cette internationale anglaise vivait dans la rue

On peut être une internationale anglaise, la plus capée de l’Angleterre, et avoir été SDF pendant 7 longues années. C’est l’histoire de Fara Williams. Un destin hors du commun.

Fara Williams grandit à Londres dans le quartier de Battersea. Elle vit avec sa mère, qui élève seule ses 4 enfants. La relation mère-fille est excellente jusqu’au jour où sa tante vient s’installer à la maison. Les deux femmes ne s’entendent pas et se disputent régulièrement. Après quelques mois, on lui demande même de quitter le domicile.

C’est le début d’une longue période de turbulences. Fara Williams n’a que 17 ans et elle se retrouve à la rue. Elle alterne les nuits dehors et les moments en centre d’accueil pour SDF ou encore les nuitées à l’hôtel. L’adolescente se sent seule mais elle ne baisse pas la tête. Car elle a des rêves. Et certains sont déjà en train de se réaliser.

Williams est une vraie passionnée de foot. Elle évolue d’ailleurs avec l’équipe de Charlton et, quelques semaines seulement après avoir été mise à la rue, elle est appelée chez les moins de 19 ans de l’Angleterre.

Nous sommes en 2001 et la milieu de terrain garde sa situation pour elle. Elle ne veut surtout pas que ses coéquipières, sa coach ou le grand public sachent qu’elle est à la rue. Par peur du jugement expliquera-t-elle plus tard à la BBC.

« Je ne voulais rien dire. Les gens ont cette faculté à juger les autres et à avoir une idée de qui peut être ou ne pas être sans domicile fixe. Je ne laissais rien paraître et je vivais comme une personne normale, sauf que j’étais SDF. »

Le championnat anglais féminin de football étant amateur, elle ne gagne pas assez d’argent pour pouvoir se payer un loyer dans l’une des villes les plus chères du monde. Et ce, même si elle vient de passer de Charlton à l’équipe de Chelsea.

Hope Powell est la sélectionneuse nationale et elle ne tarde pas à découvrir la vérité. Un jour, toujours en 2001, au retour d’un stage d’une semaine avec l’équipe des moins de 19 ans, elle voit la jeune joueuse tourner en rond. Après lui avoir demandé où elle comptait aller, elle reçoit en réponse un terrifiant : « Je ne sais pas. »

Powell conduit alors Williams au centre d’accueil de King’s Cross, en plein cœur de Londres. Quelques jours plus tard, elle l’appelle même pour sa première sélection officielle sous le maillot de l’équipe nationale. Ce n’est pas un acte de charité. Fara Williams mérite sa sélection car elle se débrouille très bien avec le ballon.

Il faut attendre son transfert de Chelsea à Everton, en 2008, pour voir sa situation se normaliser. Sept ans après avoir été mise à la rue, sept ans après avoir connu sa première sélection avec l’Angleterre, elle peut enfin avoir une vie harmonieuse.

A Liverpool, , elle peut compter sur l’aide et le soutien de son entraîneur à Everton, Maureen Marley. Celle-ci lui paye d’abord quelques trajets pour Londres, puis elle lui décroche un job au sein de la fédération anglaise. Fara Williams a 25 ans et elle devient coach dans le programme de football pour les sans-abris. Le contrat lui permet de couvrir ses frais de logement.

La suite de la carrière de Williams sera très riche : elle est devenue la joueuse la plus capée de l’histoire de la sélection anglaise avec 170 matches. Elle a quitté Everton, d’abord pour le rival de Liverpool, puis pour Reading. Elle a disputé 3 Euros, 3 Coupes du monde et a été faite membre de l’ordre de l’empire britannique en 2016.

De la rue à la Coupe du monde de football, l’histoire de Fara Williams inspire aujour’hui le respect et l’admiration.

Encore plus important, après 9 ans sans avoir parlé à sa mère, elle s’est même réconciliée avec elle.